mercredi 09/06/2010 à 22h34
Le Conseil de sécurité a pris mercredi de nouvelles sanctions contre l'Iran pour son programme nucléaire, aussitôt saluées par le président américain Barack Obama mais rejetées par son homologue iranien Mahmoud Ahmadinejad qui les juge "bonnes pour la poubelle".
C'est la quatrième fois depuis 2006 que l'ONU sanctionne Téhéran pour tenter de le convaincre de suspendre ses activités nucléaires sensibles et rassurer la communauté internationale sur la nature pacifique de son programme.
Les mesures sont contenues dans la résolution 1929, rédigée par les Etats-Unis et co-parrainée par l'Allemagne, la France et la Grande-Bretagne, et adoptée par 12 voix contre 2 et une abstention.
Le Brésil et la Turquie ont voté contre, pour protester contre la prise en compte, insuffisante à leurs yeux, de l'accord d'échange de combustible nucléaire conclu par eux avec l'Iran à la mi-mai.
Le Liban s'est abstenu, pour des raisons de politique intérieure, le Hezbollah pro-iranien faisant partie de son gouvernement.
En conséquence, cette résolution est la moins soutenue des quatre. Les deux premières avaient été adoptées à l'unanimité et un pays, l'Indonésie, s'était abstenu lors du vote de la troisième en 2008.
La résolution a été édulcorée pour obtenir le vote de la Russie et de la Chine, réticentes au départ. Les Occidentaux auraient souhaité qu'elle cible les exportations pétrolières de l'Iran.
"Cette résolution va mettre en place les sanctions les plus fermes auxquelles le gouvernement iranien ait jamais eu à faire face et cela envoie un message sans équivoque sur l'engagement de la communauté internationale à mettre fin à la propagation des armes nucléaires", a cependant commenté M. Obama.
Le président américain a expressément souligné que ces sanctions "ne ferment pas la porte à la voie diplomatique", reflétant la position du groupe des Six chargé du dossier nucléaire iranien (Chine, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie et Allemagne).
Mais le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a jugé que les nouvelles sanctions "ne valent pas un sou" et sont "bonnes pour la poubelle".
La résolution reprend et élargit le champ des sanctions déjà adoptées à trois reprises par le Conseil depuis décembre 2006. L'Iran est soupçonné de chercher à se doter de l'arme nucléaire sous couvert d'un programme civil, ce qu'il dément.
Les ambassadeurs des Six ont tous fait valoir que les sanctions, limitées aux domaines nucléaire, balistique, bancaire et de l'armement, n'affecteraient pas la population iranienne.
L'ambassadeur britannique, Mark Lyall Grant, a déclaré au nom des Six que "l'adoption de la résolution laisse la porte ouverte à la poursuite du dialogue" avec l'Iran.
"Nous espérons que l'Iran fera preuve de pragmatisme et que face à notre ouverture au dialogue et à la négociation, il réagira de manière positive. Nous souhaitons réaffirmer notre détermination et notre engagement à trouver rapidement une solution négociée au dossier nucléaire iranien", a-t-il insisté.
"Nous demandons à l'Iran de négocier afin de nous rassurer sur la nature pacifique de son programme", a dit l'ambassadeur de France, Gérard Araud.
Expliquant son vote négatif, l'ambassadrice brésilienne, Maria Luiza Viotti, a déclaré: "Nous ne considérons pas les sanctions comme un instrument efficace dans ce cas".
Elle a rappelé l'accord conclu à la mi-mai par la Turquie et le Brésil avec l'Iran prévoyant un échange de combustible nucléaire que les trois pays présentaient comme ouvrant la voie à une solution pacifique.
Cette proposition a été accueillie froidement par les grandes puissances, qui y ont vu une manoeuvre de diversion, notamment parce que l'Iran avait dit son intention de continuer à enrichir de l'uranium à 20% même si l'accord était accepté.
L'ambassadeur de Turquie, Ertugrul Apakan, a lui aussi déploré les nouvelles sanctions, affirmant craindre qu'elles "aient un impact négatif" sur les efforts diplomatiques.
Les Etats-Unis, la France et la Russie ont communiqué mercredi leurs réserves à l'AIEA sur l'accord d'échange d'uranium passé par l'Iran avec la Turquie et le Brésil.
Source: LaCroix
